Rav Oury Cherki
Commandement et spontanéité
Paracha Tsav, Nissan 5766
La haftara que nous lirons cette semaine
n’est pas celle de la paracha, Tsav, mais celle qui est réservée au
chabbat précédant la fête de Pessah, le Chabbat hagadol. Il existe
cependant un lien entre les deux textes, que nous allons mettre en évidence.
Déjà dans le livre de Chemot, deux sortes
de textes sont donnes par la Thora : ceux qui font appel à la spontanéité des
enfants d’Israël (par ex. Terouma), et ceux qui emploient le commandement
(par ex. Tetsavé ). La Thora fait ainsi appel à deux stratégies
éducatives différentes, qui sont celles de Moïse et Aaron. Cette division se
retrouve dans le livre de Vayikra, pour la présentation des sacrifices. La
paracha de Vayikra, qui est la première du livre, présente en premier
lieu le sacrifice volontaire, "olat nedava", alors que la nôtre,
Tsav, commande l’accomplissement des rites.
Un verset de la paracha a soulevé de
grandes difficultés chez les commentateurs : "Ceci est la loi des sacrifices
ascendants, offrandes, expiatoires, inauguraux, et des pacifiques" (7,37). Le
problème est que les sacrifices inauguraux n’apparaissent pas dans la paracha
alors que notre verset est censé produire la récapitulation des sacrifices
cités. L’interprétation qui nous semble la plus satisfaisante est celle du rav
prof. D. Z. Hoffmann, selon laquelle Tsav serait le prolongement direct
de Tetsavé, ou effectivement les sacrifices de l’inauguration du
tabernacle sont mentionnés. Les deux textes n’en auraient formé qu’un seul lors
de la révélation a Moïse, et auraient été séparés en deux lors de la mise de la
Thora par écrit. La raison de cette séparation est que le livre de Chemot a pour
objet l’événement unique dans l’histoire de "l’installation" de la présence
divine au sein d’Israël, et le sacrifice inaugural, unique lui aussi, y trouve
naturellement sa place, alors que Vayikra traite du culte permanent, auquel
appartiennent les autres sacrifices. Nous avons là à nouveau l’illustration de
la division du récit de la Thora en deux sortes de textes, la "Thora de Moïse"
et la "Thora d’Aaron". Moïse est celui qui donne la norme fondamentale de la
vie d’Israël, alors qu’Aaron est l’exception. Il est en effet parfois
nécessaire pour des raisons pédagogiques, de suspendre l’application de la loi
(bitoulah hou kiyoumah), mais c’est la prérogative exclusive des
prophètes. Lorsque l’histoire d’Israël entre dans le temps ou la révélation
cesse, la loi d’Aaron n’est plus applicable. C’est ce que nous enseigne le
dernier des prophètes, Malachie, dans notre haftara lorsqu’il prononce les
derniers versets prophétiques de la Bible : "souvenez-vous de la loi de Moïse
mon serviteur" (Mal. 3,22), ce qui suppose que la loi d’Aaron est mise en
veilleuse, jusqu’au temps de la restauration de la prophétie : "Je vous envoie
Elie le prophète avant que n’arrive le grand et redoutable jour de Dieu" (id.
verset 23).
La loi d’Aaron, exceptionnelle pendant
l’histoire, relève essentiellement du monde à venir, celui du "huitième jour"
qui adviendra à la fin de l’histoire, elle-même considérée comme étant le
"septième jour" de la création selon Béréchit. Cela éclaircit l’injonction de
Moïse (8,33) à Aaron et à ses fils d’attendre sept jours durant à l’entrée du
tabernacle, pour figurer symboliquement la suprématie de la loi mosaïque pendant
l’histoire, en attendant le huitième jour, celui de l’inauguration du
tabernacle, en préfiguration du monde à venir, ou la loi d’Aaron est la règle.
Mesurer le temps historique par le
chiffre sept est une constante de la Thora : sept jours de la semaine sept jours
fériés, yamim tovim, sept semaines de Pessah à Chavouot, etc. Le premier
jour de Pessah, parce qu’il est le premier jour qui compte le temps d’Israël,
est lui-même nommé "Chabbat" dans la Thora (Vayikra 23,15), mais ce n’est
qu’un "petit chabbat". C’est pour éviter la confusion, qui a égaré en son
temps les saducéens et les caraïtes, que le chabbat d’avant Pessah est appelé
"Chabbat hagadol", le grand chabbat.
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