Rav Oury Cherki
L’habit et l’habitat
Paracha Tetsavé-Zakhor, Adar 5766
Aaron, destiné au rôle de
Grand-Prêtre du Tabernacle, et d’en être le résident principal, est curieusement
absent de la paracha qui traite de la construction dudit Tabernacle,
Terouma. Il semble que l’intention de la Thora est de nous dire
que la relation de l’homme à Dieu s’établit a priori sans l’intermédiaire d’un
prêtre. Cette idée, qui est très belle dans son principe, est en fait rarement
réalisable dans la réalité, car la rencontre avec le Créateur suppose un
comportement parfait. Il est en effet très rare de trouver une personne libre de
toute inclination au pêché. Moïse, qui est dirigé par la seule intelligence,
est le seul autorisé à pénétrer dans le sanctuaire sans barrages. Les autres
hommes ont recours à Aaron pour visiter le lieu saint. La possibilité de faire
le mal apparaît dans la conscience lorsque celle-ci est dominée par
l’imagination. C’est pourquoi lorsque la Thora présente le culte des prêtres
dans la paracha de Tetsavé, il est surtout question de leurs
vêtements splendides, destinés à frapper l’imagination. Il est en effet
nécessaire pour libérer l’homme des tentations au mal que porte l’imagination,
de susciter un type d’imagination alternatif, qui entraîne l’adhésion à la
sainteté.
Il serait cependant
dangereux de fonder le mode de relation à Dieu que représente Aaron en totale
indépendance de celui de Moïse, car cela signifierait que seule l’expiation du
pêché fonde la vie religieuse. C’est là une vision pessimiste de l’homme,
incompatible avec l’ensemble du message biblique. C’est pourquoi Moïse, dont le
nom est absent dans notre paracha qui est le domaine d’Aaron, reste malgré tout,
celui dont Aaron doit s’approcher : "Et toi, approche de toi Aaron ton frère
pour le sanctifier, pour le consacrer à Moi" (Chemot 28,1).
Les vêtements des
cohanim sont évidemment porteurs de signification. De même que les
qualités morales sont le vêtement de l’âme, ainsi les vêtements des prêtres
symbolisent-ils la perfection morale. Ceux du prêtre ordinaire, le cohen
hedyote, figurent la domination des instincts les plus bas. Le bonnet,
migbaat, expie l’orgueil qui « monte à la tête ». La tunique, que
revêtent les bouchers et qui fut trempée dans le sang par les frères de Joseph,
expie l’inclination au meurtre, la culotte expie la débauche, et la ceinture
intercepte les mauvaises pensées. Par contre, les vêtements du Grand-Prêtre, le
Cohen gadol, relèvent d’un niveau plus élevé de moralité. Ils symbolisent
les enjeux des êtres de vertu, sujets au risque d’effronterie, expiée par le
bandeau d’or posé au-dessus du front. Le manteau a clochettes réprime la
médisance, le tablier de brocard, porté au bas du corps, symbolise la dérision
contre l’idolâtrie, et le pectoral serti de douze pierres exprime l’exigence de
justice, sans laquelle la Parole n’est pas adressée au peuple par l’oracle des
Ourim-ve-toumim.
Ce Chabbat, la lecture de
la paracha est suivie d’une deuxième lecture, celle de Zakhor, ou il est
question de la lutte contre Amalek. Il est fréquent que ces deux lectures
tombent le même Chabbat. Il y a là peut-être un rappel de la conjoncture
historique ou Amalek est susceptible de se manifester, celle ou l’identité
d’Israël est camouflée comme par un vêtement d’emprunt, à la manière dont elle
est cachée par les personnages de l’histoire de Pourim.
|