Rav Oury Cherki
Rencontres
Paracha 'Houqat, Tammuz 5765
L’issue de l’exil du desert, relate dans
la section ‘Houqat du livre de Bamidbar, impose la rencontre des
hebreux avec diverses nations, postees sur la route de son Retour. La
reintroduction d’Israel dans l’histoire des nations est vecue tout d’abord comme
une confrontation politique, avec le risque de guerre que cela implique, bien
avant la confrontation spirituelle, presentee dans la section Balaq. Il
semble bien que le projet d’Israel concerne l’humanite en tant qu’ensemble de
collectivites organisees en entites nationales: "Je ferait de toi une grande
nation…et par toi seront benies toutes les familles de la terre" (Ber.
12,2-3). En effet, l’elevation des individus ne necessite pas l’etablissement
d’une nation, une religion suffirait. Si Israel doit sortir de l’exil, c’est
qu’il a quelque chose a dire sur l’eventualite d’etablir une societe sainte.
(Cette idee a ete amplement developpee par le Rav Kook. cf. Orot p. 104).
La sortie de l’exil, ce pas decisif vers l’actualite politique, ne peut donc
etre entrepris sans concertation avec celui a qui revient la domination du monde
pendant l’exil, a savoir Edom-Esau, archetype de Rome-l’Occident (cf. Netsa’h
Israel du Maharal de Prague ch.15 et 16), qui est de droit le premier peuple
auquel Israel demande le droit de passage dans notre paracha,
(20,14-17) prefigurant ainsi la requete du peuple juif a la Societe
des Nations, puis a l’ONU, d’etablir l’Etat d’Israel de nos jours.
La deuxieme rencontre est celle des
hebreux avec le roi Cananeen d’Arad (21,1-3). Cette fois, c’est la guerre. On
pourrait supposer que l’initiative d’attaquer Israel que prend le roi d’Arad, a
pour motif la defense de son interet national, puisqu’Israel a pour intention de
prendre possession du pays de Canaan. Mais une lecture attentive du texte amene
le Midrach (Yalkout Chim’oni cite par Rachi 21,1) a identifier les
troupes du roi d’Arad comme etant des amalecites travestis en cananeens.
Autrement dit, une intention amalecite d’elimination gratuite d’Israel serait
camouflee par un discours de revendication territoriale, plus acceptable sur le
plan moral. La aussi le raprochement est tentant avec le conflit actuel, ou
Israel est confronte a un pseudo-nationalisme qui cache mal son intention
politicide.
La troisieme rencontre est celle de
"Si’hon, roi des Emoreens, installe a ‘Hechbon" (21,21) en Transjordanie. On
pourrait traduire son nom comme: "le discuteur, roi des des parleurs, installe
dans les considerations"! Il y a la une definition biblique du diplomate, ennemi
d’Israel, qui selon le Talmud (Roch Hachana, 3a) ne serait autre que le
roi d’Arad lui-meme, terroriste metamorphose en dirigeant politique a
l’exterieur de Canaan.
La quatrieme rencontre se fait avec Og,
roi de Bachan (21,33-35), dont le nom signifie "la parole vulgaire" (lechon
‘aga). Il est selon le Midrach, le "frere" de Si’hon, c’est-a-dire son
complement. La force morale de son argumentation reside precisement dans sa
primitivite mal degrossie, qui parce qu’elle ne prend pas de forme evoluee, peut
impressionner les intellectuels. Le Midrach Tan’houma (in Rachi
21,34) presente Og comme une incarnation d’Eliezer le serviteur d’Abraham qui
diffusait l’enseignement monotheiste de son maitre bien avant l’apparition
d’Israel dans l’histoire. Il serait meme un rescape du deluge, residu de
l’humanite primordiale! Cependant son aprehension de la divinite est
monolithique et violente: il tente d’ecraser Moise sous une enorme pierre, qui
finalement lui tombe dessus (Talmud Berakhot 54b). C’est que le moment
est arrive dans l’histoire pour l’action du monotheisme hebraique, realisateur
de l’unite des valeurs, qui relegue dans la prehistoire les ebauches de morale
abrahamique, devenues barbares et anachroniques.
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