Rav Oury Cherki
Pourquoi les plaies?
Paracha Vaera, Tevet 5766
Les dix plaies d’Egypte, qui commencent
dans notre paracha, Vaera, ont pour but de repondre aux arguments de
Pharaon. Il est en effet inutile d’accabler l’Egypte dans le seul but de
permettre le depart des enfants d’Israel. Un ordre de depart de Moise aurait
suffit, avec accessoirement un seul "petit" miracle, pour empecher l’opposition
des egyptiens. Il est donc de prime abord surprenant de voire tant d’efforts
deployes par Dieu pour arracher au Pharaon son accord. En verite, il faut
comprendre que l’opposition de Pharaon est tout a fait coherente. L’Egypte de
l’epoque est le fer de lance de la civilisation, et le pharaon en est le
responsable absolu. Or, Moise et Aaron exigent tout simplement qu’il renonce a
l’assise economique de son empire, c’est-a-dire les esclaves hebreux, et qu’il
accepte que dorenavant la direction de l’histoire depende desdits esclaves, tout
cela au nom d’un Dieu inconnu en Egypte. Pharaon se revele la d’une honnetete
intellectuelle remarquable. Au lieu de jeter Moise en prison, il oppose ses
arguments: "Qui est l’Eternel pour que j’obeisse a Sa voix? je ne connais pas
l’Eternel, et ne peut donc pas renvoyer Israel" (Chemot 5,2). Autrement dit,
Pharaon attend de recevoir la preuve que le projet d’Israel dans l’histoire est
superieur a celui que represente l’Egypte. C’est a ce questionnement que
repondent les plaies, par etapes.
Le droit d’Israel a separer son histoire
de celle de l’Egypte est d’abord revendique au nom de la paternite d’Abraham. En
se separant d’Our Kasdim, Abraham a decide de vivre au dessus de la Nature.
Lorsque le Nil, qui est le fleuve qui fonde l’Egypte, est atteint par la plaie
du sang, et que les enfants d’Israel n’en souffrent pas, la preuve est faite
qu’Israel, contrairement a l’Egypte, surmonte la Nature, comme
Abraham.
L’objection implicite de Pharaon est que
d’autres sont aussi descendants d’Abraham, et que la specificite d’Israel n’est
donc pas prouvee. A cela repond la plaie des grenouilles, douees d’esprit de
sacrifice, puisqu’elles sont entrees dans les fours brulants des egyptiens (cf.
7,28), immitants ainsi le comportement d’Isaac, transmis en heritage a Israel.
Mais comme Isaac est egalement le pere d’Esau, dont la descendance spirituelle a
adopte le comportement du martyr, la specificite des hebreux necessite une
preuve supplementaire. Celle-ci est fournie par la plaie des poux, qui demontre
que la capacite d’etre le receptacle de la Presence divine qui etait celle de
Jacob (cf. Rachi sur Berechit 33,20), est transmise en Israel, de l’aveu meme
des magiciens de Pharaon (Chemot 8,15 et Rachi sur 8,14).
L’argument de Pharaon a ce moment la, est
que malgre sa specificite, la famille d’Israel a decide du temps de Joseph, de
meler son histoire a celle de l’Egypte. Mais la verite historique est que les
hebreux ont vecu en Egypte dans un ghetto volontaire, en Goschen, pour se
separer de l’Egypte. C’est ce que prouve la plaie du melange ‘Arov, qui
epargne expressement le pays de Goschen.
Il reste cependant que meme si les
hebreux sont detenteurs de valeurs exceptionelles, ils sont apres tout des
hommes, et a ce titre ne peuvent donc pas separer leur histoire de celle du
reste de l’humanite.
A cela repondent les trois dernieres
plaies de la paracha, la peste, les ulceres et la grele, qui demontrent que
l’Egypte reste entachees des trois chutes morales de l’humanite, a savoir
l’homicide, perpetre a grande echelle par la generation du Deluge, reproduit par
la mort du betail egyptien et qui epargne le betail des hebreux; puis
l’idolatrie lors de la generation de la tour de Babel, fruit de l’orgueil de
l’humanite productrice de briques cuites au four, et dont l’acte est reproduit
symboliquement par Moise et Aaron qui jettent au ciel de la suie de fournaise
pour susciter les ulceres chez les egyptiens; et enfin la debauche a Sodome et
Gomorrhe, qui fut jugee par le feu et l’eau melangee, comme la grele melee de
feu qui atteignit l’Egypte et epargna Israel, demontrant ainsi que la decadence
morale de l’humanite avait separe Israel du reste de l’histoire. |