Rav Oury Cherki
Jérusalem, indice de l’Unité
(pour l’anniversaire de la libération de
Jérusalem, Iyar 5766)
Le quinzième jour du deuxième mois, Iyar,
après la sortie d’Egypte, les hébreux arrivèrent au désert de Sin (Chemot
16,1). La Thora nous raconte qu’ils réclamèrent du pain et qu’à partir du
lendemain matin la manne tombait du ciel, jusqu’au septième jour, là où
elle ne tombait pas. Nous arrivons donc au 22 du mois. Ils continuèrent leurs déplacements
en passant par Dofka, Alouch et Rephidim (Bamidbar 33, 12-14). En donnant
une journée de voyage et une journée de campement pour chaque station, on
arrive au 27 Iyar à Rephidim, lieu où Amalek à attaqué Israël (Chemot
17,8). Le lendemain (id. 9) Moise délègue Josué qui remporte la victoire, le
28 Iyar, qui devient ainsi la date de la première victoire militaire du peuple
d’Israël dans l’histoire. Plus tard, du temps du roi Saul, la guerre contre
Amalek continuera à l’instigation du prophète Samuel. Or, la date des
festivités en l’honneur de Samuel est traditionnellement fixée au 28 Iyar,
pour le jour de son décès. La date n’est donc pas fortuite, elle est liée
à la lutte contre Amalek. La guerre contre Amalek est elle-même liée, selon
la tradition Talmudique, à deux autres commandements, la nomination d’un roi
et la construction du temple (Rambam Melakhim I,1). Ces deux derniers
commandements ont été aussi l’objet des efforts de Samuel et sont tous les
deux intimement liés à la ville de Jérusalem, résidence du pouvoir politique
du peuple juif et lieu du temple. On comprend bien pourquoi c’est précisément
le 28 Iyar que la Providence a permis la libération de Jérusalem par Tsahal
lors de la guerre des six jours.
Les kabbalistes enseignent que chaque
jour de la période de l’Omer, entre Pessah et Chavouot, correspond à la
manifestation d’une combinaison d’attributs divins. La dernière semaine est
celle de l’attribut de Royauté (malkhout) qui est digne de Jérusalem.
Cette semaine commence le 28 Iyar, par la combinaison de la Grâce et de la
Royauté (Hessed chebemalkhout). C’est donc une date prédestinée pour
le premier pas en direction du rétablissement du temple et de la royauté en
Israël.
La réunification de Jérusalem n’est
pas une chose qui va de soi. Depuis les origines de l’histoire le site de Jérusalem
a été un lieu de division. Selon le Midrache, la lutte entre Caïn et Abel
avait pour objet le lieu du temple. De même, l’absence de coordination entre
les tribus du temps de Josué, a entraîné la division de Jérusalem entre les
Hébreux et les Jébuséens (Juges 1, 8 et 21). Ce n’est que du temps de
David, lorsque le pouvoir a reçu l’aval de tout Israël, que la conquête de
la ville devint possible.
Il semble donc que Jérusalem agit à
la manière d’une caisse de résonance, qui indique l’état de l’unité
des cœurs au sein du peuple juif. Le prophète Zacharie (14,2) annonce que lors
du retour d’Israël une guerre entraînera la division de la ville. Pour notre
génération, qui a vécu l’accomplissement de la parole prophétique lorsque
la guerre d’indépendance aboutit à la division de Jérusalem, les choses
sont bien claires. En effet, la ville ne pouvait être rendue au peuple juif,
alors que chacune des trois tentatives militaires entreprises pour la libérer
était menée par une faction rivale de l’autre, à savoir, la Hagana,
l’Etsel et le Lehi. Lorsque à la veille de la guerre des six jours, l’inquiétude
générale dans le pays amena la création du premier gouvernement d’union
nationale de l’Etat d’Israël, l’unité enfin réalisée permit à un
Tsahal unique de pénétrer dans la ville, réalisant ainsi l’espérance
plusieurs fois millénaire de retrouver, pour toujours, la ville de l’éternité.
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