|
Rav Oury Cherki
Le monde à venir
Transcription de la leçon (pas encore vérifié par le Rav).
Publié
sur le site du
Centre Noachide Mondial
Le monde à venir correspond à ce que l'on
appelle communément le paradis ou en hébreu "עולם הבא" (olam haba). Ce sujet
est extrêmement central dans beaucoup de religions. Certains parlent de la
vie après la mort, d'autres de l'immortalité de l'âme, voire même d'enfer.
Qu'est-ce que la tradition juive a à apporter à tous ces enseignements?
Idéal individuel
Il est très surprenant de voir que dans la
tradition d'Israël, à l'époque biblique tout du moins, l'idée du olam haba,
du paradis ou de la vie après la mort, était quasiment évacuée de la
conscience des hébreux. Non pas que l'on ne savait pas qu'il y avait une vie
après la mort, non pas que l'on n'était pas au courant de l'existence du
jardin d'Eden, dont la Torah fait expressément mention au début de la Genèse,
dans בראשית (berechit). Mais il est évident qu'à l'époque où D.ieu se
manifestait sur terre, où sa parole était entendue par les prophètes, ce qui
remplissait la vie des gens, ce qui faisait l'espoir du bonheur, c'était la
vie d'ici-bas. L'on peut dire que ce qui était véritablement important était
ce qui se passait sur terre. Beaucoup plus tard, à l'époque du second
temple, à partir du moment où la vie terrestre a commencé à devenir
insupportable du point de vue d'Israël étant donné que le royaume de Judas
et le royaume d'Israël avaient disparu de la carte du monde et que tout
hébreu maintenant vivait sa vie de façon quasiment individuelle, alors est
né le judaïsme en tant que religion des individus. A partir de ce moment, la
vie terrestre a été moins importante et c'est là que le monde à venir a
commencé à prendre une place centrale dans la conscience hébraïque.
Immortalité de l'âme... et du corps!
De quoi s'agit-il précisément? L'on pourrait
évidemment dire qu'il s'agit simplement de l'immortalité de l'âme,
c'est-à-dire que la vie ne cesse pas avec notre monde mais qu'elle continue
après cette vie là. L'on aurait alors une vision optimiste, certes entachée
d'un élément pessimiste, à savoir que la vie du corps a, elle, cessé d'avoir
un sens puisque nous disparaissons dans la tombe. Or, traditionnellement, le
judaïsme parle plutôt du olam haba en tant que résurrection des morts. Il
est vrai que l'on ne sait de quelle manière la résurrection des morts se
réalise, comment une vie sans mort est vécue, car l'on n'a jamais vécu
pareille chose. L'on peut toutefois savoir qu'il y a, dans le projet
d'Israël, une participation pleine et entière de la vie corporelle à la vie
de l'âme. De fait, l'homme constitue en une seule unité. Un être intégral
qui a l'espoir de la réussite de son existence pour l'éternité. C'est
évidemment très compliqué car nous ne connaissons pas tous les tenants et
aboutissants de ce qui se passe dans le Ciel. L'on peut tout de même parler,
par exemple, de la tradition kabbalistique de la métempsychose, ce que l'on
appelle le גלגול (gilgoul). C'est-à-dire que l'on a, d'un certaine façon,
une chance de recommencer sa vie si on l'a ratée. Ainsi, aucun espoir n'est
véritablement perdu et, en fin de compte, l'on arrive là où il faut arriver.
Comment y parvenir?
A ce propos il y a chez certains de nos maîtres
une distinction très intéressante qui est faite entre la trajectoire de
l'âme d'un fils d'Israël et l'âme d'un fils des nations. Du point de vue de
l'âme d'Israël, nous sommes assurés de participer au monde à venir. C'est ce
que l'on dit, כל ישראל יש להם חלק לעולם הבא - tout Israël a part au monde à
venir. Cela est très exigent, car si je suis obligé d'accéder au monde à
venir, je serai également obligé de le mériter. Cela implique également une
quantité assez importante de souffrances, de transformations, de laminage,
pour que je mérite ce qui m'a été promis. Par contre, chez les nations, l'on
peut dire que c'est plus facile. Si l'on désire la vie au monde à venir, ce
que l'on appelle la béatitude, elle est accordée à tout homme droit et
fidèle parmi les nations. Tous ceux qui accomplissent les exigences de la
morale, les sept commandements des lois noachides, les fidélités à l'amour
de D.ieu, tous ont part au monde à venir. Cependant, personne n'y est obligé,
c'est-à-dire que si l'on veut sortir de la trajectoire, cela est possible.
D'une certaine manière il est ainsi plus rentable de faire partie de la
trajectoire des nations, car elle est plus facile à accomplir. L'on peut
d'une part accéder pleinement et totalement à l'adhésion à l'infini, dans le
voisinage de D.ieu, et l'on peut très bien également décider de s'en écarter.
Par contre, pour Israël, il y a une accumulation de souffrances qui fait que
l'on est obligé, en fin de compte, après de nombreuses péripéties, d'accéder
à cette béatitude.
Tout le monde a part au monde à venir
Dans tous les cas, même si cet enseignement ne
sort que d'une certaine école de pensée d'Israël, elle est intéressante, car
elle vient à dire que l'accès à la béatitude est universelle et qu'elle est
plus évidente et facile pour les membres des nations. D'un côté l'exigence
est moins grande et, d'un autre côté, elle respecte entièrement la pleine
stature de l'homme. Elle permet ainsi finalement d'accéder en pleine
sérénité et tranquillité à la pleine connaissance du Créateur, qui est celle
du monde à venir, avec pour seule condition l'acceptation de se conformer au
minimum des lois de la moralité.
|