Rav Oury Cherki
En sortant
Paracha
Ki-Tetsé, Eloul 5766
L’existence d’Israël se produit
dans l’histoire des nations. L’interaction d’Israël et des nations, qui
est au départ une confrontation politique avant de devenir une relation
spirituelle, suppose un double mouvement: de l’extérieur vers l’intérieur
- l’entrée, et de l’intérieur vers l’extérieur - la sortie. Notre
paracha, Ki-tetsé, traite de la problématique liée ce mouvement, en
commençant par la sortie: "lorsque tu sortiras en guerre contre ton
ennemi". La guerre, au-delà du danger bien concret de dommage physique,
implique la rencontre avec l’identité de l’étranger, même si c’est à
travers la violence. Il y a toujours dans le face-à-face avec l’Autre un élément
déstabilisant pour sa propre identité. L’attitude préconisée par la
Thora n’est pas le repliement frileux sur soi-même, mais le tri. L’idée
que des valeurs importantes sont chercher l’extérieur, ce que les
kabbalistes appellent "la rédemption des étincelles de sainteté",
est en fait une conséquence directe de la foi monothéiste qui est fondée
sur l’intuition que tout est un. On suppose donc que des étincelles sont en
captivité dans le camp adverse. Une des expressions possibles de cette idée
est à trouver dans les lois de la guerre au début de la paracha:
"l’Eternel le livrera dans tes mains et tu captiveras ses captifs".
Cette traduction littérale du texte laisse entendre que des âmes destinées
à participer à l’histoire d’Israël seraient captives parmi les nations,
et que la guerre serait l’occasion de les récupérer. Dans cette optique,
on doit comprendre les mots: "tu verras parmi les captifs
une femme de grande beauté" comme se référant la capacité de
discerner (roua’h haqodech) cette beauté de l’âme cachée chez
l’ennemi. Cette interprétation comporte évidemment ses dangers. Grande
serait en effet la tentation chez le juif porté à l’assimilation de
considérer que la non-juive qu’il veut épouser serait une étincelle!
La Thora met en garde. Si l’intégration des valeurs extérieures est erronée,
le résultat est catastrophique: le fils rebelle, irrécupérable.
Une autre appréhension de l’extériorité
apparaît vers la fin de la paracha, avec les lois du lévirat. Le
mariage, qui lie les conjoints entre eux, est considéré par la Thora comme
une entreprise qui lie l’ensemble de la famille du mari, en vue de la
continuité des générations. Par conséquent, si l’homme meurt sans postérité,
"la femme du défunt ne sera pas à l’extérieur, pour un homme étranger,
son beau-frère l’épousera". Si le beau-frère refuse
d’accomplir son devoir moral envers sa famille, il en sera dispensé, après
la cérémonie dite du "déchaussement" , qui met en évidence
sa déficience morale. La loi du lévirat, qui a son origine au temps de Juda
et Thamar, constitue le pôle inverse de la loi de la captive. Alors que
la loi du début de la paracha encourage l’exploration de l’extérieur,
celle de la fin invite à être prudent et de ne pas toujours disperser
les forces vitales vers le dehors.
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